le danger du syndrome “my guy”

Introduction au syndrome “my guy”

Vous êtes dans un groupe de joueur. Vous faites une partie de Donjons et Dragons. C’est la dernière séance, celle où vous allez affronter un puissant vampire qui tyrannisait la région sans jamais se révéler. Le maître du jeu vous décrit alors que ce vampire à l’apparence d’une magnifique jeune femme. C’est alors que l’un des joueurs s’exclame : ” Si c’est une magnifique jeune femme, je fonce à ses pieds pour lui faire la cour.”

Le maître du jeu se facepalm. Tout le monde lui demande s’il est sérieux. Ce à quoi il répond : “Évidemment, c’est ce que mon personnage ferait.” Tout le monde se tait, et le laisse faire. Le maître du jeu continue. La grande méchante de sa campagne dit alors : “Si tu veux gagner mon cœur, aide-moi à vaincre ton groupe.” Tout le monde se dit qu’il va répondre “Va te faire foutre”, l’attaquer, et tout se passera comme si de rien n’était. La réponse du joueur ? “Très bien !” Puis il annonce qu’il vous attaque. Et que répond-il face aux protestations ? “C’est ce que mon personnage ferait.”

La partie s’est terminée par la mort de l’entièreté du groupe dès la première heure de jeu, à peu près le temps de trajet que chacun a dû faire pour que cette séance finale ait lieu. Et tout le monde sait qui a ruiné la séance. Mais personne ne peut rien lui reprocher… C’est ce que son personnage aurait fait, après tout. Il n’a fait que jouer son rôle.

Le syndrome “my guy”, c’est quoi ?

Pour celles et ceux d’entre vous qui n’ont pas compris avec cette introduction ce qu’était le syndrome “my guy” (ou le syndrome mon gars, si on décide de traduire), en voici une définition simple :

C’est le moment où un joueur se concentre tellement sur le fait de jouer le rôle de son personnage qu’il en oublie que c’est lui qui prend les décisions, pas son personnage. Il se cachera toujours derrière l’excuse “mais c’est ce que mon personnage ferait” quand on lui reprochera de prendre une décision qui pénalise l’entièreté du groupe, voir, comme dans l’exemple précédent, le bien être de la campagne.

Et c’est grave docteur ?

Dans la majorité des cas, non. En effet, dans la majorité des cas, quelqu’un qui est victime du syndrome “my guy” ne se distingue que peu d’un simple rôliste qui prend très à cœur le fait de jouer un rôle. Le seul moment où l’on constate une réelle distinction, et où ça pourrait devenir grave, c’est quand le joueur prend une décision qui pénalisera tout le monde, au nom de la sainte excuse de “Mais c’est ce que mon personnage ferait.”

Cette décision peut aller de bâcher systématiquement un personnage joueur, parce qu’il est d’une race que le personnage n’aime pas (précisons le systématiquement; ça n’est pas grave si une taquinerie anti-elfe arrive une fois de temps en temps) à tuer un personnage non-joueur important “parce qu’il m’a mal parlé” et à empêcher le groupe de continuer la mission parce que “ça serait aider ce connard.”

Mais c’est ce que son personnage ferait, donc c’est pas grave ?

Effectivement c’est ce que son personnage ferait. Mais qui prend la décision ? Le personnage, qui n’existe pas, ou le joueur qui est derrière. Cette excuse me rappelle fortement l’expérience de Milgram. Sous couvert de l’excuse “ça n’est pas vous qui avez pris la décision”, ça n’est pas votre faute si votre acte a des conséquences horribles. Alors oui, on peut relativiser sur le fait qu’on est juste dans le cadre d’un jeu, aucun étudiant ne sera électrocuté, personne ne sera exécuté, etc. Mais conséquences mises à part, qu’est ce qui différencie la victime du syndrome “my guy” de la personne prise pour l’expérience de Milgram ?

Donc pour répondre à la question, si, c’est grave !

Ok, qu’est-ce que je peux faire ?

En tant que joueur, tu peux :

  • Réfléchir à quelles seront les conséquences des actions que tu prends au nom de la psychologie de ton personnage.
  • Accepter que l’excuse “mais c’est ce que mon personnage ferait” n’est pas une bonne excuse.
  • Partager cet article auprès de ta table de jeu.

En tant que maître du jeu, tu peux :

  • Demander à un joueur qui semble prendre une décision particulièrement “gênante” pourquoi il veut faire ça.
  • Dire que l’excuse “mais c’est ce que mon personnage ferait” n’est pas une bonne excuse.
  • Pénaliser toute action particulièrement problématique si elle utilise cette excuse.
  • Partager cet article auprès de ta table de jeu. (Oui je force un peu, là.)

Maintenant que vous en savez plus sur le syndrome “my guy”, je vous invite à me laisser en commentaire quelle a été la pire fois où le syndrome “my guy” a touché votre table, afin qu’on rit tous un bon coup, et qu’on apprenne tous à mieux l’identifier.

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